Communiqué de presse suite à l'évacuation d'Esmonin
Roms Action - Communiqué de presse suite à l'évacuation d'Esmonin

Au début du mois de juillet vivaient encore près de 300 personnes sur le bidonville Esmonin. 270 ressortissants roumains, dont 162 d’enfants, dont 8 de moins d’un an. 

Que sont-ils devenus ?

Depuis plusieurs mois, l’association Roms Action intervenait sur le bidonville Esmonin auprès des familles ressortissantes roumaines dans leurs démarches d’insertion en France. Par un important travail d’aller-vers les familles, des visites régulières sur leur lieu de vie, les chargés de mission de l’association et ses bénévoles ont accompagnés des familles dans leur accès aux droits et dans leurs démarches d’insertion professionnelle.

Que ce soit au niveau de la santé (accompagnements individuels, médiation, interprétariat, actions collectives en lien avec le Planning familial ou Prométhée…) ; ou encore au niveau de la scolarisation des enfants (accompagnement à l’inscription et à la scolarité, parrainage d’enfants …) ; ou de l’emploi (accompagnement dans l’inscription et l’actualisation à Pôle emploi, cours de français, rédaction de CV, lien avec les employeurs ou chantiers d’insertion…), ; chaque famille était accompagnée en fonction de sa demande et de ses capacités.

Avec le soutien d’autres intervenants (associatifs et institutionnels), un certain nombre de démarches ont pu aboutir.

Des représentants des habitants du bidonville avaient été élus, en juin 2015,  avec le soutien de l’association Roms Action ; ce «conseil d'habitants» est composé de 5 adultes, dont 2 femmes. Plusieurs rencontres avaient permis à ce conseil d’apporter des propositions concrètes en matière de gestion des espaces communs du bidonville, même si cela peut sembler très difficile avec 300 personnes.

Si les conditions de vie étaient déplorables, la stabilité du site pendant plusieurs mois avait permis la réalisation d’un grand nombre de démarches d’insertion. Certains habitants  ont même accédé à l’emploi.

Quant à la scolarité des enfants, même si elle a pris beaucoup de temps à se mettre en place du fait d’une difficulté d’affectation dans les écoles, celle-ci témoignait d’une volonté réelle des ménages de pouvoir vivre en France et d'assurer un avenir meilleur à leurs enfants.

Ainsi, Esmonin, c’était des habitants investis dans leur projet de vie en France, en demande de soutien dans leur vie quotidienne au sein du bidonville, et avec une forte volonté d’améliorer leurs conditions de vie (matérielles et sociales). La volonté de démantèlement d’Esmonin par les autorités a engendré la peur d’un grand nombre de personnes, qui ont préféré ne pas attendre l’évacuation pour espérer de meilleures conditions de vie. Certaines d’entre elles, sont reparties en Roumanie (pour revenir certainement très prochainement), d’autres ont tenté de se réinstaller ailleurs dans d’autres squats ou bidonvilles.

Les 142 personnes restantes sur le site, grâce aux différents services institutionnels, ont pu être ré hébergées, que ce soit sur le site du Rondeau (environ 50 places) ou à l’hôtel par la DDCS (80 places annoncées, 50 places attribuées). Les autres bénéficieront de quelques nuits d’hôtel seulement, en attendant de pouvoir trouver un autre squat ou bidonville où habiter.

L’association Roms Action, présente dès 6h du matin sur le site, apprécie l’implication des associations et institutions dans cette journée de démantèlement, et même si celle-ci s'est passée sans heurts, elle laisse sur le carreau – sans solution d'hébergement de plus de quelques jours - au moins 50 personnes et ceux qui ont quitté le site avant l'intervention. Parmi les évacués, il y avait de nombreux enfants, dont certains nécessitant des soins. La notion de "mineures" notée dans le DL est inexacte - il s'agit de 33 puis 70 enfants - et nous semble  porter préjudice en faisant porter un soupçon sur les jeunes filles.. Peut-être ne s’agit-il que d’une faute d’orthographe…

Roms Action a suivi les familles qui ont été acheminées vers une école pour être orientées dans la journée vers un hébergement et par la suite, l'association essaiera de suivre le maximum de familles ; sachant que beaucoup d’entre elles sont parties dans le Nord Isère, que d'autres sont sans solution pérenne d'hébergement,  il sera difficile de les accompagner, notamment pour l'insertion qui avait débuté et pour la scolarisation qui sera encore discontinue voire interrompue…   Roms Action espère sincèrement qu’un jour, on n’attende plus l’évacuation forcée d'un bidonville ou d'un squat pour réfléchir à des solutions d’hébergement pour les habitants.

De par sa mission de médiation, Roms Action rappelle que la demande réelle des familles est la stabilité d’un lieu de vie pour leur permettre d’avancer dans leurs démarches. Que ce soit dans des cabanes de fortune ou dans d’autres types d’habitat, l’accès à l’eau et au ramassage des ordures est indispensable pour que les familles puissent vivre dignement, se consacrer à leurs démarches d’insertion et trouver du travail. 

 

Contact : Patrick Baguet, vice-président de Roms Action 

(disponible jusqu’au 15/08)

baguet.patrick@gmail.com OU 06.75.78.82.96