Communiqué de presse suite à l'évacuation du bidonville cent vingt toises le 29 octobre 2015
Roms Action - Communiqué de presse suite à l'évacuation du bidonville cent vingt toises le 29 octobre 2015

Aujourd’hui à 7h`du matin, les forces de l’ordre sont arrivées à Comboire pour évacuer le bidonville qui était habité par environ 120 personnes dont près de 80 enfants. Ces familles d’origine roumaine, présentes pour la majorité depuis plusieurs années sur notre territoire de l’agglomération grenobloise se retrouvent encore une fois à la rue. Plus de la moitié des ménages ont reçu une OQTF ce matin (23) sans compter les personnes qui avaient déjà reçu une OQTF l’été dernier suite aux évacuations de leurs campements précédents. Bien que la procédure d’évacuation ait été conduite sur plusieurs mois, la circulaire d’août 2012 n’a pas été mise en œuvre. Les diagnostics sociaux n’ont pas été réalisés. Aucune famille n’a une proposition  d’hébergement quelle qu’elle soit (même temporaire pour la nuit). La seule proposition d’hébergement de la Préfecture pour motif de santé a été annulée le matin même, du fait de la délivrance d’une OQTF à cette personne.

Quant au Département, il ne proposait qu’un hébergement pour une mère isolée mais qui avait déjà quitté les lieux le matin même car elle avait peur de l’évacuation et n’avait pas été informée qu’il y avait une solution pour elle. Se retrouvant sans rien, les forces de l’ordre les sommant de se disperser, les familles se sont déplacées jusqu’à la mairie d’Echirolles pour être vues et entendues par la ville, avec  le soutien de voisins , de collectifs citoyens  et de professionnels de Romsaction.

Un début d’échange a eu lieu avec une personne du cabinet du maire qui a proposé de chercher une salle de réunion pour recevoir les familles et dialoguer avec elles. Les attentes des familles étaient à minima un lieu d’hébergement pour la nuit (type gymnase) pour leur laisser le temps de se retourner et protéger leurs enfants de la pluie et du froid. Après une heure d’attente dans le calme dans le hall de la mairie, et alors que personne ne s’y attendait, les forces de l’ordre de la police nationale (une quinzaine de policiers) ont investi les lieux et ont poussé avec violence les gens vers la sortie. Des femmes et enfants ont été bousculés et violentés sans aucune raison, des adultes agressés physiquement sous le regard stupéfait des associations. Ainsi, en début d’après-midi, les familles se retrouvent à la rue, choquées, et sans aucune solution pour le soir même. 

Cette journée témoigne une nouvelle fois de la violence psychologique que vivent les familles et des traumatismes que subissent les enfants à chaque évacuation.

Roms Action déplore l’absence d’une prise en compte réelle des situations par les institutions qui décident et mettent en oeuvre les évacuations et qui font le choix  de critères d’hébergement de plus en plus restrictifs qui ne s’appliquent que très rarement aux familles roms. Dans ces situations, l’absence de diagnostics sociaux et le manque de concertation et d’implication des acteurs publics et associatifs, entrainent des ruptures et désengagements des familles qui mettent à mal leur accompagnement et leurs projets d’insertion. Comment continuer à s’investir pour la scolarisation des enfants lorsque l’on vit  dans l’errance ? Comment les services du département peuvent ils poursuivre une mesure de protection des enfants et de soutien à la parentalité entamée il y a plusieurs années, alors que cette famille avec ses quatre enfants se retrouve subitement à la rue ? Par cette politique d’évacuation, les autorités participent à l’aggravation de l’appauvrissement des ménages. Et il faut bien mesurer combien les recherches de nouvelles ressources pour se réinstaller les rendent encore plus vulnérables face aux risques d’exploitations ou de comportements délictueux…  Roms Action dénonce la volonté du Préfet de multiplier les évacuations sans solution en espérant que les familles décident un jour de retourner dans leur pays d’origine. Fortes d’une expérience d’une douzaine d’années, nos équipes peuvent  certifier de l’inscription durable de ces populations sur notre territoire et de leur absence de volonté à repartir.

 

Bénédicte Fages, Présidente de Roms Action