Entretien avec un jeune travailleur

Mai, 2020

Né en Roumanie, Victor (pas son vrai prénom) est arrivé à Grenoble à l'âge de 12 ans. Aujourd’hui il en a 21. Il nous raconte que ses parents étaient déjà ici depuis 2007. Il était resté en Roumanie, pour aller à l’école, et les a finalement rejoints en 2013. Son père réussit à avoir un travail stable et à louer un appartement. Victor parle Roumain, Romani, et Français. Aujourd’hui il est fier d’être Roumain.

Après le collège, Victor avait intégré un lycée professionnel, pour avoir son CAP en maçonnerie. Ce ne fut pas facile car... il ne s'y était pas inscrit! Et le jour de la rentrée il fut reconduit par la direction du lycée, avec son dossier d'inscription sous le bras. Ce dossier, il ne l'avait pas envoyé! C'est là la distance culturelle qui se montre très invalidante... Heureusement que Adèle, travailleuse sociale de la Ville, veillait au grain. Elle avait conservé un lien avec le lycée. Et dès que la CPE du lycée lui signale qu'une place s'est libérée, Victor a pu faire son entrée avec un bon mois de retard.

Il nous raconte que, dans son premier jour, on leur avait demandé de construire un mur en moellons. Lui, sans avoir eu des cours avant, était le seul dans sa classe à le faire correctement. –‘’J’ai tout appris avec mon père’’, dit-il. Aujourd’hui, Victor est lui-même père d’un bébé. Q: Comment aimerais-tu que ton fils soit quand il sera grand ? Il répond : Exactement comme moi. Sérieux. Travailleur.  Q : Et comme métier ? R : Ce qu’il aura envie de faire.

En cet instant, le père de Victor entre dans la pièce. « Il est ouvrier, et très bon ouvrier », nous raconte Serge. Avant de l’embaucher, son patron était hésitant. Mes après quelques heures de travail toutes ses doutes se sont dissipés. Cela fait des années qu’il est en CDI, avec un bon salaire. « Les clients ne veulent que lui, et personne d’autre ». Car il travaille avec ce même soin et professionnalisme qu’il a su transmettre à son fils. « Il peint les portails en métal comme si elles étaient peintes au pistolet: elles brillent comme une voiture neuve », ajoute Victor avec fierté.